Les leçons militaires de la guerre du Golfe

Colloque

Palais du Luxembourg
Vendredi 18 juin

Horaires

De 9h à 18h

Formulaire d’inscription pour suivre le colloque sur Zoom : cliquez ici


Le colloque est organisé par le Service historique de la défense (SHD) en partenariat avec la Direction de l’enseignement militaire supérieur (DEMS), l’École de Guerre (EDG), le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement (CDEC), le Centre d’études stratégiques aérospatiales (CESA) et le Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM). Il est placé sous le patronage du général d’armée François Lecointre, chef d’état-major des Armées, et sous le parrainage de Monsieur Christian Cambon, président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat.

 

PROGRAMME

 

9h-9h15 – Introduction

Accueil par le sénateur Philippe Paul, vice-président délégué de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, vice-président du groupe d'étude de la mémoire combattante.

Présentation du colloque par Nathalie Genet-Rouffiac, chef du Service historique de la Défense (SHD).

Introduction scientifique par Jean de Préneuf, chef de la Division recherche, études et enseignement (DREE) du SHD.

 

9h15-10h45 – Les leçons concernant l’engagement en coalition et l’autonomie stratégique.

Modération : Céline Marangé, DREE-SHD.

L’évolution du positionnement de la France à l’égard de ses alliés et de ses partenaires de défense : Guillaume de Rougé, Université catholique de l’Ouest Bretagne Sud.

L’impact de la guerre du Golfe sur la présence française au Moyen Orient : Pierre Razoux, FMES.

Les conceptions et enseignements de la guerre en coalition par les armées américaines : Philippe Gros, FRS.

Les enseignements tirés par les armées russes et chinoises : Alexandre Sheldon-Duplaix, DREE-SHD.

 

11h-12h45 – Un tournant dans l’art de la guerre : le défi de la haute intensité.

Modération : Jean-Vincent Holeindre, IRSEM, Université Paris 2 Panthéon-Assas.

Les enseignements tactiques et l'art opératif : Général Michel Yakovleff, ancien vice chef d’état-major du SHAPE.

La projection de force : Martin Motte, EPHE.

Le déni d’accès : Guillaume Lasconjarias, DGRIS.

*

L’air power : Général Philippe Steiniger, ancien commandant des Forces aériennes stratégiques.

Le C3I (Command-Control Communications Intelligence) : Général Louis Pena, CDAOA.

La guerre info-centrée : Nicolas Mazzucchi, FRS.

 

14h30-16h – Un impact majeur sur la réorganisation du système de défense.

Modération : Sébastien-Yves Laurent, Université de Bordeaux.

Une nouvelle conduite politico-militaire de la guerre : Amiral Jacques Lanxade, CEMP (1989-1991), puis CEMA (1991-1995).

L’inflexion des réformes en cours du ministère des armées : Louis Gautier, président de la 3ème chambre à la Cour des comptes, conseiller du ministre de la Défense Pierre Joxe (1991-1993).

L’interarmisation renforcée de la planification et de la conduite des opérations, Contrôleur général des Armées Jean Philippe Ricalens.

Le financement des armées au sortir de la guerre du Golfe et de la guerre froide, Julien Malizard, chaire d’économie de défense de l’IHEDN.

 

16h15-17h45 – Les conséquences sur les nouveaux modèles d’armée.

Modération : Capitaine de corvette Anne Favède, stagiaire de la 28ème promotion de l’Ecole de guerre.

L’armée de Terre : Général Michel Delion, CDEC.

L’armée de l’Air : Lieutenant-colonel Jérôme de Lespinois, CESA.

La Marine nationale : Dominique Guillemin, DREE-SHD.

Le renseignement militaire : Jean-Pierre Bat, CAPS.

 

17h45 – Conclusion du colloque

Conclusion scientifique du prof. Walter Bruyère-Ostells, directeur de la recherche au SHD.

Discours de clôture du général d’armée aérienne Éric Autellet, major général des armées.

 

OBJECTIFS SCIENTIFIQUES

À l’heure du retour des politiques de puissance incluant à la fois la perspective d’un conflit de haute intensité, la mobilisation de technologies de rupture et l’utilisation de modes d’action multi-domaines ou hybrides, la posture de défense française est amenée à se renouveler. Revenir sur la guerre du Golfe (1990-1991) en faisant jouer la concordance des temps peut éclairer ces enjeux actuels. Cette guerre qui demeure le principal engagement en termes de volume de forces depuis la fin de la Guerre froide a en effet conduit la France à repenser l’ensemble de l’organisation des armées autour d’une capacité significative de projection, de haute intensité, lointaine et en coalition.

Ce colloque entend donc, d’une part, concentrer l’analyse sur les enseignements stratégiques, politico-militaires et opérationnels tirés à l’issue de ce conflit emblématique et, d’autre part, se focaliser sur les mesures mises en œuvre pour ajuster en conséquence l’appareil de défense français, sans perdre de vue les effets concomitants de la fin de la Guerre froide, de la mondialisation économique des années 1990 et des mutations du rapport à la guerre des sociétés.

Une rupture stratégique

Au-delà de ses conséquences majeures sur les relations internationales et de son impact sur les peuples, tant au Moyen Orient que dans les pays occidentaux, le conflit revêt un tour inédit sur le plan militaire. Tout d’abord, le cadre légal et politique des armées est renouvelé. Pour la première fois depuis la guerre de Corée, en réaction à l’action d’une puissance régionale remettant en cause le statu quo par une action de vive force, des opérations d’ampleur allant de l’embargo à une campagne aéroterrestre majeure sont conduites dans le cadre d’une coalition internationale de circonstance menée par les États-Unis agissant sous mandat onusien.

Ensuite, les procédés et les systèmes d’armes utilisés marquent une nouvelle étape dans l’usage de la puissance aérienne et de la projection de force en mobilisant les doctrines, les matériels et les chaînes logistiques développés en vue d’un conflit de haute intensité dans le cadre de la Guerre fraîche qui succède à la Détente (Air Land Battle, Maritime Strategy). De plus, le conventionnel se déploie ici dans une autonomie relative par rapport à la logique de la dissuasion nucléaire qui prévaut dans le cadre de la Guerre froide. Enfin, l’environnement politico-médiatique de l’action guerrière est profondément marqué par la mondialisation démultipliée de l’information, dont le symbole le plus éclatant est le rôle joué en temps réel par la chaine d’information en continu CNN.

Une inadaptation aux opérations en coalition

Cette crise survient alors que la France doit redéfinir sa place dans un système international en pleine recomposition et que Paris hésite sur la façon d’ajuster son appareil de défense au nouveau contexte géostratégique. Cette guerre révèle l’inadéquation de l’outil de défense pour faire face à des conflits à la fois lointains et de haute intensité. Apparaissent aussi le manque d’interopérabilité avec les alliés et le défaut d’autonomie à leur égard. La dépendance opérationnelle est alors particulièrement marquée envers Washington qui prétend à cette occasion forger « un nouvel ordre mondial » selon l’expression utilisée par G. Bush à l’ONU en novembre 1990. Dans le même temps, l’Union de l’Europe occidentale (UEO), qui réunit, à l’initiative de la France, les moyens européens, joue un rôle mineur dans la crise.

En France même, au cœur du conflit, le dispositif institutionnel qui prévalait dans la conduite des opérations extérieures voit également ses équilibres ébranlés : si la place centrale du président de la République consacrée par la Ve république est confortée, l’État-major particulier du président et le Conseil restreint de défense prennent une place inédite dans la gestion de crise, puis dans la conduite de la guerre, tandis qu’il est décidé, pour la première fois, de ne déployer que des soldats professionnels et quelques conscrits volontaires.

La refondation du système de défense français

La vaste refondation du système de défense français, engagée dès 1992, porte en partie la marque des enseignements tirés de la guerre du Golfe qui « met la France au pied du mur » selon l’expression de Louis Gautier. Les leçons tirées du conflit viennent en effet infléchir autant qu’accélérer « l’aggiornamento » à peine entamé de la politique de défense que la fin de la Guerre froide a rendu nécessaire. Le phénomène est triple, à la fois stratégique, organisationnel et capacitaire.

La posture stratégique et la doctrine d’emploi sont en partie réorientées. Les outils de la planification et de la programmation stratégiques sont réajustés avec la création de la Délégation aux affaires stratégiques (DAS) en 1992. La double clé de voûte de la défense française demeure la dissuasion nucléaire et l’appartenance à l’Alliance atlantique au sein d’un système de sécurité européen qu’il faut renouveler. Cependant, la projection outre-mer sous mandat ONU, voire dans le cadre de l’UEO, est désormais privilégiée dans un monde que l’on pressent multipolaire et que l’on souhaite régulé par le multilatéralisme, comme le soulignent le Titre V du Traité de Maastricht en 1992 et le Livre blanc sur la défense de 1994.

Cette ambition passe ensuite par une rationalisation de la gouvernance qui se traduit avant tout par un renforcement de l’interarmisation dont les insuffisances sont apparues lors de la guerre du Golfe. La logique interarmées est donc systématisée : sur le plan de la planification et de la conduite des opérations avec la création de l’État-major interarmées de planification opérationnelle (EMA-PO) et du Commandement des opérations interarmées (COIA) en 1993 ; dans l’organisation des opérations spéciales avec la création du Commandement des opérations spéciales (COS) en 1992 ; dans la réforme des services de renseignement avec la création de la Direction du renseignement militaire (DRM) en 1992 ; et dans la refonte de l’enseignement militaire supérieur avec la création du Collège interarmées de défense (CID) en 1993.

Enfin, la mise à niveau doctrinale et capacitaire est engagée dès 1991, tant au niveau du ministère que de celui de l’EMA ou de chaque armée (rapport de synthèse du contrôle général des armées, CGA, août 1991). Le contrat opérationnel des armées est revu autour de la projection, à charge pour chacune d’elles de pouvoir projeter des forces significatives sur un théâtre d’opérations lointain, tout en se dotant de capacité de frappes à distance combinées aux opérations spéciales. Les effectifs déployés sur le terrain peuvent atteindre une dizaine de milliers d’hommes composés de professionnels déployés sur deux théâtres distincts, en attendant la suspension du service national en 1996. La modernisation des capacités déjà entreprise est accélérée sur la base de l’expérience opérationnelle de la guerre du Golfe.

Toutefois, ces ambitions se heurtent rapidement à des contraintes économiques, liées à la récession de 1993, à un agenda européen pressant avec la priorité donnée à la mise en œuvre de l’Union économique et monétaire et, enfin, à un environnement politique particulier. Les peuples aspirant à toucher « les dividendes de la paix », la baisse des crédits militaires se manifeste dès 1992 et s’accentue avec la loi de programmation militaire de 1994.                

Questions de recherche

Il s’agira donc de placer au cœur de la réflexion les questions de recherche suivantes :

  1. Comment les autorités politiques et militaires françaises repensent-elles, au sortir de la guerre du Golfe, la projection de force et les formes d’engagement en coalition, ainsi que la capacité de l’armée française à conserver une autonomie d’action dans ce cadre d’emploi ?
  2. Les leçons tirées de la guerre du Golfe conduisent-elles à infléchir et à accélérer la réforme de l’appareil de défense déjà en cours, en particulier le processus d’interarmisation ?
  3. Quelles adaptations capacitaires et doctrinales sont mises en œuvre pour mieux prendre en compte les ruptures stratégiques, la diversification des menaces et la perspective de conflits de haute intensité sur d’autres terrains que l’Europe ?  

 

Dernière modification le 16/06/2021

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